A cette altitude, rien n’entrave l’horizon…
A la sortie du téléphérique qui me dépose à 2000m d’altitude, à Sareis, le paysage est absolument sublime, vaste et authentique.
Je commence tout juste à marcher et je suis déjà sous le charme de ces sentiers étroits parsemés de petites fleurs violettes, bleues, jaunes, blanches.
L’herbe est basse, malmenée par le vent.
Dans les pâturages pentus, on entend raisonner bruyamment les cloches des vaches et c’est un véritable décor de carte postale qui s’offre aux randonneurs du jour.

10h40.
Entourée de sommets majestueux à perte de vue, on ne peut que se laisser happer par tant de beauté.
Malgré le ciel couvert et les quelques gouttes de pluie fine qui m’effleurent le visage, je décide de poursuivre mon chemin.

Direction la Croix d’Augstenberg !
Le sentier est très intuitif et se déroule naturellement sous chacun de nos pas.
Quelques randonneurs sont là mais comme c’est bien souvent le cas au Liechtenstein, la plupart sont du pays, voir de Suisse ou d’Autriche.
Ici, du moins en été, les montagnes n’attirent pas les foules. Tant mieux !


Mais au fait, qui est la Princesse Gina, puisque ce sentier porte son nom ?
Il y a tout de même quelques indices… Nous sommes au Liechtenstein, l’une des dernières monarchies d’Europe.
La Princesse Gina est la mère de l’actuel souverain du pays, le Prince Hans-Adam II.
Née autrichienne en 1921 et décédée en 1989 en Suisse, elle se prénommait en réalité Georgina.
Très appréciée de son peuple, son petit nom est devenu Gina.
Et je suppose que ce sentier devait lui tenir particulièrement à cœur…

12h40.
Les derniers mètres pour parvenir à la Croix d’Augstenberg sont une vraie partie d’escalade !
Un large pierrier s’étale aux pieds de l’édifice et me sert d’escaliers pour l’atteindre… Attention les chevilles !
De là-haut, quelle vue extraordinaire !
C’est le point culminant de cette randonnée. A 2359m d’altitude, l’énorme croix en bois domine absolument tout le paysage alentour.
Juchée sur mon estrade, mon regard se perd au milieu de tous ces petits points de détails que j’aperçois en contrebas.
La blancheur des sentiers renvoie un contraste saisissant avec le vert sombre des bois qui les entourent et les corps de fermes ressemblent à présent à de minuscules cabanes de montagne.
Nous sommes au sud du Liechtenstein, à seulement quelques dizaines de mètres de l’Autriche, et pour parvenir à notre prochaine destination nous allons longer cette frontière sur la ligne de crète.


13h30.
Voilà donc la fameuse Cabane du Palatinat, ou Pfälzerhütte, cet abri de montagne qui a connu tant de péripéties depuis son inauguration en 1928 puisque l’endroit a été tantôt suisse, tantôt allemand… Tantôt pillé, tantôt reconstruit…
Le lieu est un point de départ idéal pour l’ascension des sommets voisins tels que le Grauzpitz à 2599m d’altitude – qui est le plus haut sommet du Liechtenstein – mais également le Naafkopf à 2570m d’altitude, dont le sommet est partagé à l’intersection des frontières autrichienne, suisse et liechtensteinoise.
Mais pour ma part, une bonne soupe à l’oignons et une énorme part de tarte aux pommes, attablée en terrasse au soleil, fera tout à fait l’affaire !
Amoureuse de l’instant présent, je me délecte de l’atmosphère conviviale et familiale de ce refuge et profite avec bonheur de cette journée extraordinaire qui semble me conduire vers les plus beaux paysages du pays.


Revenir tranquillement à Malbun
La randonnée est en boucle et la cabane du Palatinat marque le départ du point de retour.
Les baraques, que je voyais jadis comme de petits points marrons au milieu des près, grossissent à vue d’œil et c’est le signe que nous entamons progressivement notre retour vers des altitudes plus basses.
Le chemin n’en est pas moins superbe.
Le long des petits ruisseaux, c’est le paradis des papillons.
A moitié cachée derrière son rocher, j’aperçois même une marmotte, aussi curieuse que craintive !
Lorsque le dernier kilomètre arrive, les verts pâturages se transforment subitement en forêt… Puis voilà qu’apparaissent les premières maisons. Et le téléphérique !

16h00.
Revenue à mon point de départ initial et allongée dans l’herbe grasse, je ferme les yeux et savoure chaque seconde passée à me remémorer toute l’harmonie que cette randonnée m’a fait ressentir.
Aussi charmante qu’accessible, elle est une merveilleuse manière de s’initier à la beauté sauvage des montagnes du Liechtenstein.
Je n’ai pas vu filer les heures cet après-midi car le temps ne compte plus lorsqu’on voit passer devant soi tant de paysages sublimes.
Mais je me rappelle très bien m’être dit à quel point j’avais eu raison de vouloir venir découvrir ce petit pays si discret, lové au creux des Alpes.
Arrivée la veille, le Sentier de la Princesse Gina a été ma première ballade d’altitude au Liechtenstein et j’en garde un merveilleux souvenir d’été.
Petits et grands, amateurs ou initiés, cette randonnée est à la portée du plus grand nombre. Et quelle magnifique manière de faire connaissance avec le pays !
