Je vous emmène marcher dans les nuages…
04h30.
Le réveil sonne.
Dans une heure, j’ai rendez-vous avec Ulysse, le chauffeur de Pico Transfer.
Il vient récupérer à Funchal les personnes qui veulent démarrer l’ascension du Pico Ruivo dès l’aube.
Dans la nuit noire, je me laisse bercer par les virages qui nous conduisent jusqu’au Pico de Areeiro, le troisième plus haut sommet de Madère qui culmine à 1818m.
Vous ne serez probablement pas les seuls à avoir cette intention car Peak to Peak est prisée des amateurs de grands espaces !
Peak to Peak ? Oui, c’est le nom qu’on donne à cette randonnée parce qu’elle relie entre eux les principaux sommets de l’île, du Pico de Areeiro au Pico Ruivo.
Le jour se lève sur Madère
Préparez-vous à un réveil vivifiant !
Ce matin-là, la température extérieure est de 3 degrés, et dans l’obscurité il faut d’abord trouver sa place sur cette immense esplanade dont on ne perçoit pas très bien les limites.

Blottis contre la terre entre deux gros rochers, j’essaie de me protéger du vent et du froid cinglant du mieux que je peux.
Les minutes passent et le soleil naissant donne progressivement forme aux éléments qui m’entourent.
Au loin, dans la vallée, les maisons s’éveillent aussi.
Alors que les premiers rayons du jour percent au travers des nuages, un véritable feu d’artifice de couleurs s’étale à perte de vue et c’est le plus beau des spectacles qui s’offre à nous.
Bientôt le chemin sera assez visible pour commencer à marcher.

7h15.
On y va !
En file indienne, nous entamons la traversée du Pico de Areeiro par un chemin étroit et très exposé d’où il n’est pas toujours facile d’avancer sans se faire bousculer par d’impressionnantes rafales de vents.
En silence, chacun avance et se concentre sur le terrain où il pose le pied.
Envahis par la brume, les massifs se cachent puis se dévoilent au gré des nuages et du vent qui les emportent.
Le paysage qui se dessine alors est absolument fabuleux. Grandiose.


Il n’y a qu’un sentier principal à suivre.
Souvent étroit et à flan de ravin, passant par une succession d’échelles, d’escaliers et de tunnels creusés dans la roche, on a la sensation d’être un véritable aventurier, c’est génial !
La lumière du jour s’épanouie et fait scintiller la végétation perlée d’humidité.
Les arbres, privés de tout feuillage, étirent leurs branches décharnées de côté, comme si soumis par des vents puissants depuis la nuit des temps.
Je suis subjuguée par les paysages qui m’entourent et je dévore des yeux ces parois rocheuses si majestueuses.




Un seul sommet pour plusieurs chemins
A Casa de Abrigo, cette baraque rustique marque le point d’intersection des différents sentiers de randonnées qui mènent au Pico Ruivo, profitez-en pour faire une pause.
A l’extérieur, la foule des marcheurs se croise.
Il y a ceux qui partent gravir les derniers escaliers jusqu’au Pico Ruivo, à 1862m d’altitude, ceux qui en reviennent et repartent dans un sens ou dans un autre.

Et lorsque vient mon tour de rejoindre le sommet, c’est un immense nuage qui m’accueille car quelle que soit la direction vers laquelle je tourne mon regard, le décor est absolument blanc !
Accouder à la balustrade du belvédère, je plisse les yeux et tente de percer l’épais brouillard qui me prive de cette vue si spectaculaire sur l’île, mais pour aujourd’hui, rien n’y fera.



10h20.
J’en profite pour immortaliser l’instant et je souris à l’idée d’avoir finalement pu parcourir ces montagnes un jour de brume car elles m’ont offert des paysages à couper le souffle, dignes d’un film fantastique !
Redescendre pas à pas des nuages
Mais il est temps de saluer le Pico Ruivo et d’entamer notre marche en direction d’Achadas do Teixeira, cette station de montagne qui sera le point final de notre excursion.
Sur cette dernière partie du parcours, la randonnée se transforme en balade.
Les tunnels, les échelles et les escaliers ont disparu…
Le sentier d’aventurier devient un long chemin de promenade familiale.



Côté visibilité, la brume a décidé de m’accompagner jusqu’au bout ce jour-là, mais qu’importe !
Je me sens tellement chanceuse de marcher sur ces sentiers où herbes et fleurs poussent en abondance et que l’humidité ambiante ne manque pas de sublimer.
Je croise peu de randonneurs sur cette partie du chemin.
La montagne est paisible.
Soudain… Au loin, derrière un nuage de passage, j’aperçois la route puis l’entrée d’Achadas do Teixeira !
Nous y voilà !

Arrivée au Mountain Spot Café, au centre de la station, on est très loin des commodités de la précédente escale.
Ici vous trouverez tout le confort moderne pour savourer la fin de votre randonnée, et c’est d’ailleurs ce que je fais !
12h15.
Voilà l’heure du départ et je retrouve Ulysse, tout sourire, qui me demande « Alors, c’était comment ?! »
Le reste du groupe arrive rapidement et nous entamons notre retour vers Funchal dans la joie collective.
On dirait un retour de colo !
De nouveau, je me laisse bercer par la route.
Il ne faut que quelques minutes pour retourner vers les plus basses altitudes.
Et tandis que la chaleur de la vallée me réchauffe le corps, un grand ciel bleu vient illuminer la baie de Funchal.
Rêveuse, je repense à ces immenses montagnes perdues dans la brume… Et je me demande si je ne les ai pas imaginé.
