Fürstensteig Trail

Le sentier des Trois Sœurs !

Amateurs de randonnées vertigineuses ?

Dans le bus qui me conduit à Planken, il n’y a personne.

L’arrivée dans ce petit village de montagne se fait en toute tranquillité.

Pas un bruit, ni voiture, ni piéton.

Le Liechtenstein est un pays calme et cela se ressent.

Perché à 795m d’altitude, Planken est la plus petite des 11 communes du pays, moins de 500 âmes vivent paisiblement dans ce décor de carte postale.

8h40.

Sur les hauteurs du village, à la lisière de la forêt, un grand panneau indique d’un bleu vif le temps à parcourir pour rejoindre le premier sommet, ou la première Sœur puisque c’est ainsi qu’on la nomme.

C’est donc ici et maintenant que l’ascension démarre…

En marche vers La Grande Sœur

Dès les premières minutes, il va falloir économiser son souffle car c’est près de 1300m de dénivelé à gravir pour atteindre le premier sommet, celui qu’on appelle tout simplement La Grande Sœur !

Dans cette forêt sombre, les énormes racines d’arbres servent de marches d’escaliers et le corps doit rapidement s’adapter à cet environnement exigeant.

Au détour d’un virage, je croise deux randonneurs qui semblent aller dans la même direction que moi et nous finissons assez naturellement par cheminer ensemble.

Entre deux pas en avant, nous faisons les présentations. Enfin, on essaie !

Puisqu’ils ne parlent pas un mot d’anglais et que je ne parle pas un mot d’allemand.

Je comprends tout de même qu’ils viennent de Suisse et que ce n’est pas la première fois qu’ils gravissent cette montagne.

Ils ont l’air surpris de me voir seule mais m’acceptent à leurs côtés.

Voilà donc Christian et Aloïs, mes nouveaux camarades de marche pour cette journée !

Cela fait une bonne heure que nous progressons dans ces sous-bois magnifiques lorsque la forêt cède soudainement sa place aux pâturages.

C’est le signe que nous ne sommes plus très loin du refuge Gafadurahütte, encore quelques petites minutes de marche !

Les vaches, elles, paissent tranquillement et rien ne semble détourner leur attention de cette activité chérie.

A cette altitude, c’est toute la beauté des Alpes qui s’exprime.

Tandis que Christian et Aloïs se paient une bonne bouteille de bière fraîche, je prends le temps de contempler ces immenses paysages et leur majesté me ravit.

Quand un vieil homme vient interrompre cette rêverie et me demande si je compte faire la randonnée des Trois Sœurs.

Je lui réponds que oui.

« J’espère que vous n’avez pas le vertige. C’est dangereux là-haut. Restez bien avec ces hommes, ils connaissent la montagne. »

Je vois mes comparses se lever et je sens qu’il est l’heure de repartir.

L’ascension se poursuit de nouveau en forêt, par des sentiers de plus en plus étroits, de plus en plus pentus, où les caillasses roulent sous nos pieds et nous imposent d’être vigilant à chaque instant.

11h15.

Nous y voilà !

Au pied de La Grande Sœur !

C’est sans aucun doute la partie la plus périlleuse de la randonnée qui commence car pour gravir les quelques mètres qui séparent du premier sommet, il faut d’abord traverser un « passage » très étroit, à flanc de ravin.

Un précipice béant qui plonge sans aucune retenu, droit sur la vallée.

Je l’avoue, j’ai un vrai instant d’hésitation et je ne m’engage pas immédiatement.

C’est pourtant le moment d’avoir le pied sûr et d’avancer !

Inutile de laisser la peur s’installer trop longtemps.

Je respire un grand coup et me décide à marcher, pas à pas, droit devant moi, en frôlant la paroi rocheuse sur ma gauche et en tentant de faire fi du ravin à ma droite.

C’est à ces moments-là que nos sens sont les plus affûtés, n’est-ce pas ?

J’observe la suite du parcours et m’éloigne prudemment du ravin.

Pour parvenir au sommet, d’énormes blocs de roches empilés les uns sur les autres se dressent et les échelles, tantôt en bois, tantôt en ferraille, deviennent l’unique moyen de les dépasser et d’aller de l’avant.

Magnifique aventure !

De là-haut, quelle vue magistrale, c’est absolument splendide !

A 2053m d’altitude, la force que dégage ce paysage est sans pareil.

Les morceaux de sols où poser ses pieds sont encore une fois bien étroits et, tout autour de moi, il n’y a que le vide.

Le moindre coup de vent pourrait me faire basculer à tout moment et je me sens toute petite au milieu de cette nature dominante.

Assise entre deux rochers, je ne me lasse pas de regarder cet horizon de roches et de forêts.

A l’est, les Alpes autrichiennes s’étalent de tout leur long.

Nous sommes quasiment à la frontière des deux pays mais les montagnes, elles, ne s’occupent pas de ce genre de choses et rien ne les arrête.

De ce belvédère naturel, on observe non loin de là les sommets de La Moyenne Sœur et de La Petite Sœur, tous les deux juchés d’une croix énorme.

Ces deux sommets ne sont pas accessibles par sentier, ils sont bien présents, face à nous, mais le mystère restera entier.

Attention, déviation !

Suivre la ligne de crête !

Mais tout d’abord, il s’agit de quitter le premier sommet et la descente de cette tour d’ivoire est à l’image de la montée, vertigineuse.

Quelques dizaines de marches plus bas et Aloïs me lance, en mime allemand « Ca y est, on a passé le plus dangereux ! »

12h45.

La randonnée se transforme progressivement en une longue promenade en montagne, au milieu des fleurs et des herbes basses.

Et lorsque je regarde le chemin parcouru, au loin, La Grande Sœur parait désormais bien petite.

Comme un grand coup de craie blanche au milieu de la végétation, la ligne de crète se dessine parfaitement.

Si le Sentier des Trois Sœurs se fait d’ordinaire en boucle pour revenir vers Planken, aujourd’hui une déviation nous oblige à poursuivre droit devant nous, direction Garsellikopf, à 2105m d’altitude !

Ici, c’est quasiment tout le Liechtenstein qui s’étale sous nos yeux comme un cours de géographie.

Le Rhin, qu’on voit serpenter dans la vallée, est là pour nous rappeler que la Suisse se situe juste en face, de l’autre côté du fleuve.

Au nord, on devine la présence du Lac de Constance, en Allemagne.

Quelle drôle de sensation de pouvoir admirer un pays entier d’un seul coup d’œil !

Bien plus agile et détendue qu’au départ de la randonnée, je saute à présent comme un cabri de rochers en rochers et quelques minutes plus tard, nous voilà à Kuhgrat !

A 2123m d’altitude, cela sera le point culminant de cette randonnée grandiose.

Avec sa croix immense, lui aussi on le remarque de loin.

Et tandis qu’Aloïs écrit ses mémoires, je savoure cette journée interminable avec les sommets du Liechtenstein, au soleil.

Les instants de bonheur ne sont pas toujours évidents à dépeindre, pourtant, on sait les reconnaitre quand ils sont là.

Arrivée au village de Gaflei

Il y en aura eu des montées et des descentes durant cette randonnée…

Mais pourquoi le dernier kilomètre semble toujours être celui qui veut notre peau !?

Dans cette montée abrupte et interminable, toute faite de caillasses, économisez votre souffle comme vous le pouvez.

Je m’en souviendrais de celle-là !

Christian me fait comprendre que c’est la dernière ascension, derrière ce sommet, nous redescendrons droit vers le village de Gaflei.

Blague à part, il me semble que c’est dans la difficulté de l’effort qu’on en tire une grande partie de satisfaction.

Pari réussi à cet instant précis !

Ce qui mérite bien d’aller chiper un peu d’eau chez nos amis les chevaux, une fois le dernier obstacle franchi.

15h40.

Tel que Christian l’avait prédit, les derniers mètres en direction du village de Gaflei se font dans la douceur d’une pente ombragée, bordée de prairies verdoyantes et de petites maisons en bois aux balcons généreusement fleuris.

On ne peut sincèrement pas rêver d’un décor plus majestueux.

Les Alpes du Liechtenstein, en plein cœur de l’été, ne sont PAS envahies de touristes et de promeneurs, c’est un havre de paix !

Et dans le bus qui me reconduit vers la capitale Vaduz, mes jambes se reposent mais mon cœur est encore bouillant d’adrénaline.

Heureuse, je repense à tous ces moments où la peur du vide me taraudait mais à laquelle je n’ai pas cédée.

Je revois ces sentiers élancés comme des passerelles de terre imaginaires d’un sommet à l’autre. Quelle fierté d’avoir pu les rencontrer !

Infos pratiques

Comment venir au Liechtenstein ?

Il n’y a pas d’aéroport au Liechtenstein, le plus proche est celui de Zurich en Suisse.

En revanche, le pays est très bien desservi par la route et par les transports en commun, que cela soit depuis la Suisse, l’Autriche, l’Allemagne ou l’Italie.

Pratique ! La compagnie FlixBus dessert la capitale Vaduz !

Il existe une ligne de train – longue de 9.5km, c’est dire ! – qui traverse le Liechtenstein en reliant la ville de Buchs en Suisse, à la ville de Feldkirch en Autriche.

Pour ma part, je suis arrivée en train puis en bus depuis Constance, en Allemagne. Le trajet a duré 2-3 heures (plusieurs correspondances) et m’a couté environ 20€.

Quel climat au Liechtenstein ?  

Le climat du Liechtenstein est continental en vallées et alpin en montagne, les températures sont donc à nuancer en fonction de l’altitude où vous vous trouvez.

Juillet et août sont les mois les plus chauds de l’année, avec des températures moyennes de 25 degrés à basse altitude.

Où loger au Liechtenstein ?

J’ai logé à Eschen durant tout mon séjour, j’avais loué un appartement sur Airbnb (qui aujourd’hui n’est plus à la location).

L’offre en hôtellerie est généreuse dans le pays et il y en a pour tous les budgets, mais notez que le coût de la vie au Liechtenstein est l’un des plus élevés d’Europe.

Quelle devise est utilisée au Liechtenstein ?

La monnaie officielle est le Franc Suisse mais l’euro est également accepté.

Le Liechtenstein et l’Europe 

Le pays est membre de l’Espace Schengen depuis 2011 mais n’est pas membre de l’Union Européenne.

Si vous avez la nationalité d’un pays membre de l’Union Européenne, aucun visa n’est exigé à l’entrée, mais pensez à prendre votre pièce d’identité et/ou passeport lors de votre visite.

Si votre nationalité est extra-européenne, renseignez-vous auprès des services consulaires.

Comment venir au départ de la randonnée ? 

Pour rejoindre le village de Planken depuis la gare centrale de Schaan, prenez la ligne 26. Comptez 15 minutes pour ce trajet.

Pour les lignes et horaires de bus, renseignez-vous sur le site de la compagnie nationale LIEMobil.

La rando en bref ! 

Le Sentier des 3 Sœurs, ou Drei Schwestern (en allemand), est sans aucun doute l’une des randonnées les plus emblématiques du pays !

Classée comme difficile (niveau T4) mieux vaut ne pas trop craindre le vertige car certains passages sont surprenants !

Exigeante, elle demande un vrai effort physique du début à la fin et de l’aisance pour passer par plusieurs d’échelles.

Les trois « sœurs » sont en réalités trois sommets de la chaîne de montagnes du Rätikon – massif qui traverse l’Autriche, le Liechtenstein et la Suisse – et leur altitude varie de 2034m à 2051m.

S’il s’agit initialement d’un itinéraire en boucle, la réalité du terrain ce jour-là m’a obligé à prendre une déviation et à poursuivre mon chemin vers Garsellikopf puis Kuhgrat, avant d’arriver à Gaflei.

Au départ du village de Planken, il m’a fallu 7 heures pour réaliser cette randonnée de 12 kilomètres.

Où se restaurer ? 

Que cela soit à Planken ou à Gaflei, vous trouverez plusieurs adresses de restauration, faites votre choix !

Sur votre chemin, vous trouverez le refuge Gafadurahütte, niché à 1428 mètres d’altitude, à 1 heure de marche depuis le village de Planken.

Mon TOP 3 Conseils

Si besoin, ne manquez pas de vous ravitailler au refuge Gafadurahütte car cela sera la dernière fois où vous pourrez le faire avant la fin de la randonnée !

Si le cœur vous en dit – et s’il vous reste de l’énergie ! – poursuivez votre chemin à pied, de Gaflei jusqu’à Triesenberg ou Vaduz. Les itinéraires de randonnées sont nombreux au départ de Gaflei !

Si le temps le permet, allez vous ressourcer au Lac de Steg. Après l’effort, rien de mieux que de se détendre les pieds dans l’eau (fraiche) des montagnes !

Le Saviez-vous ?  

Au Liechtenstein, la randonnée pédestre est un art de vivre. Et explorer tout un pays en un seul sentier, c’est possible !

C’est le Liechtenstein Trail, long de 75 kilomètres, il passe par chacune des 11 communes du pays et vous fera découvrir ses plus beaux points d’intérêts naturels, historiques et architecturaux !

Renseignez-vous auprès de l’Office du Tourisme.

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