Les îles Eoliennes sont un bonheur pour les sens…
Elles nous invitent à percevoir les choses différemment.
La présence des volcans, cracheurs de feu et de souffre, nous rappellent à de lointains instincts.
Arriver sur leurs côtes, c’est tout d’abord embrasser la Mer Méditerranée.
Nous sommes en plein mois de juin et la belle bleue est tantôt scintillante, tantôt recouverte du voile des nuages.
Les bateaux arrivent et repartent du port de Milazzo, en Sicile, d’où j’embarque moi-même pour rejoindre Stromboli, l’île la plus septentrionale de l’archipel éolien.
A Stromboli, faites un pas dans l’inconnu
Mes premiers instants sur cette île sont marqués par l’étonnement et sitôt débarquée du bateau, j’avance sur cette plage de sable noir, silencieuse, comme une enfant qui n’aurait jamais vu la mer.
Le sentiment de dépaysement est total.
Il faut tout d’abord s’habituer à l’omniprésence du volcan, cette énorme masse recouverte d’une végétation luxuriante sur ses flancs et qui trône imperturbablement au centre de l’île.
A vrai dire, l’île EST le volcan.
Où que vous alliez, vous le verrez. Et vous l’entendrez également !


Amusée et heureuse, je vais passer un certain temps à marcher le long de cette plage, à prendre son sable au creux des mains pour l’observer.
A cet instant, la vie est paisible aux alentours. Quelques touristes flânent. Quelques habitants vont et viennent.
L’avenue principale qui longe le front de mer n’est pas très fréquentée et les premières ruelles apparaissent dans ses recoins, car Stromboli c’est aussi un grand village où vivent au quotidien quelques centaines de personnes.
Aucune voiture sur l’île. Mais des vélos, des scooters et des « voiturettes » oui !




Les voitures seraient bien inutiles d’ailleurs, tant les rues sont étroites !
Et pour tous ceux qui apprécient le charme des passages secrets… Quelle inspiration.
D’un bout à l’autre du village, c’est un véritable labyrinthe d’escaliers taillés dans la roche, de petites montées fleuries et de ruelles insolites qui vous ouvrent soudainement les parvis des plus beaux belvédères.
Stromboli est une île qui ne peut que séduire.

Gravir le Stromboli
Stromboli, c’est le nom d’une île et d’un volcan, oui.
Mais c’est aussi le nom d’un type d’éruption volcanique dite strombolienne et qui se caractérise par des fontaines de lave et des explosions de roches à intervalles réguliers, toutes les 15 minutes environ.
Stromboli culmine à 924m au-dessus du niveau de la mer.
Et s’il est permis de monter au plus proche du cratère, en revanche il faut désormais être accompagné d’un professionnel et l’ascension s’arrêtera à 500m d’altitude.
18h00.
Ce soir-là, en groupe, guidé par Angelo, nous entamons notre marche vers ce point d’observation et c’est le début d’une randonnée inoubliable…




Au milieu des forêts de bambous et des hautes herbes, nous avons rapidement quitté les rues pavées du village et la petite troupe progresse silencieusement dans ce décor extraordinaire.
Angelo ouvre la voie, en guide expérimenté.
Le sentier de terre file droit devant nous et ne cesse de grimper toujours plus haut.
Alors que la lumière du jour diminue, les couleurs qui m’entourent sont divines et dans quelques minutes, la mer et le ciel ne feront bientôt plus qu’un.
C’est une vision à couper le souffle !

La mer, d’où je voyais partir tout ces bateaux, n’est désormais plus qu’une immense étendue de toile bleue qui s’assombrit.
Sur le flanc du volcan, la longue pente abrupte est constamment lissée par les chutes de pierres qui dévalent du cratère jusqu’aux vagues en contrebas.
On les devine à peine sauf peut-être aux nuages de poussières qu’elles soulèvent en dévalant l’immense paroi ou bien au bruit qu’elles font en allant s’écraser dans l’eau.
Au fur et à mesure que nous nous approchons de notre point d’observation, les grondements du volcan résonnent de plus en plus fort et c’est très impressionnant.
De ses entrailles, il craque, il grince, et de sa gueule énorme, il fume, il crache…
Comment ne pas se sentir tout petit face à ce géant qui explose quand bon lui semble ?

20h00.
Arrivés à l’altitude réglementaire, Angelo nous fait signe d’arrêter, nous n’irons pas plus haut par mesure de sécurité.
Sur ces gradins improvisés, à l’aide de nos lampes frontales, chacun trouve sa place pour assister à la puissance du volcan.
Et tandis que la lave rouge jaillit haut dans la nuit noire, je reste bouche bée et je me sens privilégiée.
C’est sans aucun doute l’un des plus beaux phénomènes naturels que j’ai vu de ma vie.
Vulcano, la soufrière
10h30.
Nous sommes le lendemain et nous venons juste d’accoster au port de Vulcano.
Le soleil est déjà haut dans le ciel et la journée s’annonce très chaude.
Débarquer sur cette île, c’est accepter d’en prendre plein les narines !
Vous rêviez de marcher pendant des heures en respirant les (fortes) odeurs de souffre qui émanent du volcan ?
Alors Vulcano est faite pour vous !
Blagues à part, on finit par s’y habituer. Et la beauté du paysage est telle qu’il est même peut-être possible de finir par l’oublier. Un peu.


Contrairement à l’île de Stromboli où les flancs du volcan sont très végétalisés, ici le paysage est lunaire !
Des cailloux, des cailloux et… des cailloux !
Oui, certes, quelques touffes d’herbes sèches viennent parsemer le départ de la randonnée, au plus bas du sentier, mais on se retrouve très rapidement dans un décor surréaliste où seule la caillasse semble survivre.
Ne cherchez pas d’ombre non plus, il n’y en a pas.
Quel paysage époustouflant, c’est magique !
Au sommet du cratère, à 386m d’altitude, il est possible d’en faire le tour complet mais personnellement je préfère m’assoir sur son rebord pour le contempler…


… Et la vue plongeante est grandiose !
Au loin, c’est l’île de Lipari qui apparait et en contrebas, c’est la ville et le port de Vulcano, par où je suis arrivée.
D’une île à l’autre, cette diversité de paysages et de ressentis est impressionnante.
Vulcano est sèche, presque aride, et ce jour-là il fait un soleil de plomb… Il est grand temps d’aller se rafraîchir à la plage à présent !!


Ici, pas de sable noir mais l’eau bout.
Oui ! L’eau bout !
Intriguée, j’avance prudemment au milieu de cette piscine naturelle à remous volcaniques.
Amusée, je constate que tout le monde autour de moi fait pareil, à la recherche des bu-bulles !
Rassurez-vous… L’odeur de souffre est toujours bien présente. Même sur cette plage idyllique.

17h20.
Les Bains de boue jouxtent la plage.
Activité centenaire sur l’île, ils ne sont pour l’instant plus en activité et ainsi laissés à l’abandon, ces lieux prennent une allure toute particulière.
Pieds nus sur la roche, je m’amuse à arpenter leurs rebords, à monter et descendre ces escaliers de bois qui jadis conduisaient les curistes de la mer aux bains.
Ce décor de roches jaunies par les fumées de souffre, cette chaleur écrasante et ce volcan… Tout est très particulier à Vulcano.
C’est une île qui ne laisse pas indifférent.
D’ailleurs, tout ce voyage vers les Iles Eoliennes est à part.
Cet archipel est un trésor de surprises.
Et c’est une chance incroyable de pouvoir approcher ses volcans… Allez-y sans hésiter, régalez-vous !
