Admirée par les uns, décriée par les autres…
La très jolie ville de Taormine ne laisse personne indifférent.
A mi-chemin entre Messine et Catane, en Sicile, au plus près des rivages de la belle bleue, se tient cette petite bourgade de quelques milliers d’habitants, mais qui se gorge de monde dès l’arrivée du printemps.
Haut lieu de la jet-set et du tourisme international, comme en témoignent les nombreux hôtels luxueux camouflés dans ses collines, Taormine est le « Saint-Tropez sicilien ».

Ce jour-là, c’est par sa gare ferroviaire que je viens à sa rencontre.
Pour l’instant, le ciel est capricieux et le soleil se cache timidement derrière l’épaisse couche de nuages.
Le fond de l’air est frais.
Comme je n’ai pas l’intention d’aller me prélasser à la plage, prenons directement un peu de hauteur !

Le Chemin de Goethe
11h15.
De la gare au départ du Chemin de Goethe, il n’y a que quelques centaines de mètres.
A l’angle de la rue, une grande carte colorée est plantée là.
Une mince flèche rouge vient m’indiquer ma position et le parcours qui m’attend dans les collines.
Malgré la météo peu favorable et le fait que nous soyons en plein automne, nous sommes déjà quelques marcheurs à nous pencher sur ce panneau, prêts à s’élancer.
Donc je n’imagine pas ce que cela doit être à la belle saison !


Mais pourquoi l’avoir baptisé ainsi ?
Jadis, Taormine attira de nombreux artistes du monde entier.
En 1787, le romancier, poète et philosophe allemand : Johann Wolfgang Von Goethe, entreprend un long voyage de deux ans en Italie, qui le conduira jusqu’en Sicile.
Dans son journal de bord, naturellement intitulé Voyage en Italie, Goethe tombe sous le charme de Taormine, y séjourne et la dépeint comme un tableau lumineux.
Un bel hommage, en somme !

Si le sentier s’avère peu escarpé, il est en revanche pentu !
Les marches sont larges et parfois si hautes que je prends très rapidement de la hauteur.
Ca y est, le soleil perce à travers les nuages et les températures sont soudainement beaucoup plus généreuses.
En Sicile, on passe son temps à se vêtir et à se dévêtir !
Mais quel délice de pouvoir marcher au milieu des oliviers et d’admirer cette mer scintillante à perte de vue.

Chaque pas me rappelle à quel point je suis chanceuse de pouvoir arpenter ces sentiers et de contempler leurs fantastiques paysages.
Je crois bien que je ne m’en lasserai jamais.


12h15.
Arrivée au bout du sentier, culminant à 200 mètres d’altitude au-dessus des flots de la mer, je me retourne et contemple le chemin parcouru depuis la gare que je vois désormais au loin.
En reprenant mon élan de marche, Taormine se dresse désormais devant moi, en bâtiments, en ruelles et en boutiques de souvenirs.
Il y aurait tant à visiter ici… Mais ce qui attire mon attention n’est qu’à quelques dizaines de mètres.

Les Jardins de la Villa Communale de Taormine
Je ne m’attendais pas à un tel décor.
Ma première réaction est d’entrer bouche bée dans ces jardins.
Ici et là, d’imposantes bâtisses apparaissent au milieu des arbres et m’imposent de lever les yeux au ciel.
Je les observe sans parvenir à les comprendre.
Que font-elles ici et d’où vient cette incroyable inspiration ?


Leurs formes, leurs allures… Je n’ai jamais rien vu de semblable et je suis incapable de les situer dans quelque chose de repérable.
En faisant quelques recherches, je découvre que tout part d’une dame.
« Lady Florence »

Et comme bien souvent, ce genre de découverte est captivante !
Peut-être parce que la vie romanesque de Lady Florence, richissime aristocrate britannique, petite-fille de la Reine Victoria, exilée de sa terre natale par un scandale d’état, venue trouver refuge en Sicile, l’est, tout simplement.
Propriétaire de ces jardins, elle fit construire ces maisons pour abriter les oiseaux.
Voilà donc le sens de ces surprenantes constructions… des nids douillets.
Figure intimement liée à la ville de Taormine, où elle finit d’ailleurs ses jours en 1907, Lady Florence est ce qu’on appelle une bienfaitrice, considérée comme une pionnière de la protection des oiseaux en Italie.


Dans ces jardins d’Eden, magnifiquement pavés et décorés, certaines allées font office de belvédère et la vue est absolument imprenable sur la mer mais également sur l’Etna qu’on aperçoit au loin, fumant.

Ces jardins sont splendides et méritent amplement le détour !
12h50.
En franchissant l’imposante porte d’entrée du parc, je quitte certes les Jardins de la Villa Communale, mais sans le savoir à cet instant, je ne quitte pas encore totalement l’univers de Lady Florence…

IsolaBella
Qui signifie littéralement « belle île ».
Sans aucun doute l’un des sites les plus connus et visités de Taormine !
Depuis les Jardins de la Villa Communale, il ne faut pas plus de dix minutes de marche pour accéder au Belvédère di Via Pirandello, cette petite esplanade perchée au dessus du ravin.
De loin, j’aperçois ce mince filet de terre rabroué par les vagues qui viennent s’entrechoquer et malmener les visiteurs qui tentent de rejoindre IsolaBella à pieds.
Car, oui, pour accéder au rocher, il va falloir accepter de se déchausser et de se tremper les pieds (enfin, plutôt les genoux…) car c’est le seul point de passage terrestre !
En attendant, il faut déjà rejoindre la plage, par ici la descente !

Il y a du monde qui se presse sur le rivage et non sans amusement, j’observe la foule qui lève le nez au ciel, pointant du doigt les gros nuages noirs qui s’amoncèlent, hésitant alors à se déchausser pour rejoindre l’île.
Il n’en fallait pas plus pour que la pluie ressurgisse et se charge de faire rapidement le tri parmi tous les indécis. Efficace !


14h25.
Parvenue à la grille d’entrée, c’est ici que je retrouve le destin de Lady Florence car elle devint la propriétaire de cette petite île en 1890.





Si l’étonnement avait un visage, il aurait celui de cette propriété, mi-jardin, mi-résidence, mi-musée.
Une merveille de créativité !
Un labyrinthe de végétations, de balcons, de passages secrets… C’est tout simplement ma-gni-fique. Un hymne à l’exploration. Un monument historique. J’adore !

Souvenirs…
A vrai dire, j’avais eu la surprise de découvrir l’existence d’IsolaBella quelques jours plus tôt, mais de nuit.
A la lumière de la lune et des étoiles, accompagnée d’un ami sicilien qui tenait à me faire visiter sa région by night, je m’étais déchaussée et j’avais traversé une première fois la mince langue de terre.
Adossée à la grille du jardin, pieds nus dans le sable froid et bercée par le clapotis des vagues, je vivais l’instant présent avec délice.
Je m’étais alors promis de revenir explorer ce lieu insolite au grand jour.
Une tranche de vie heureuse, gravée à jamais dans une photo. Une seule.
