Faire le tour de France à pied !

Merci la vie – et Couch Surfing ! – pour me permettre de telles rencontres !

Un soir, un jeune homme a demandé mon hospitalité.

Il s’appelle Nathan et sur son profil Couchsurfing, il indique qu’il a entrepris le tour de France à pied au bénéfice de l’association Entourage, pour lutter contre l’isolement social.

Evidement, son parcours de randonneur et de jeune adulte avide de rencontres humaines m’a tout de suite plu.

Et en l’écoutant m’expliquer son périple, dans mon salon, l’idée d’un article est devenue une évidence…

Voilà son histoire !

Nathan, qui es-tu et d’où viens-tu ?

Bonjour à tous !

J’ai 22 ans, je suis breton, je suis né à Chateaugiron (département d’Ille-et-Vilaine) où j’ai grandi pendant dix-huit ans.

Après le lycée, je me suis orienté en Prépa parce que j’étais considéré comme quelqu’un qui était à l’aise avec le système scolaire, puis j’ai entamé un parcours en Communication à l’université, puis en Journalisme.

De manière générale, je suis très curieux, j’adore parler aux gens, j’ai toujours fait beaucoup de choses dans ma vie car j’adore m’engager !

D’où vient l’idée de faire le tour de France à pied ?

J’ai grandi avec la télévision et il y a notamment une émission qui m’a particulièrement marqué, c’est « Nus et culottés » !

L’idée de partir à la rencontre des gens, sous ce format-là, je trouvais ça fou et j’ai toujours voulu faire un projet un peu similaire.

Mais je suis aussi passionné d’éloquence et il y a quelques années, j’ai eu la chance de rencontrer Eddy Moniot (gagnant du concours Eloquentia en 2015), un personnage incroyable qui a construit son propre one-man-show et qui se déplaçait à pied au fil de sa tournée, de ville en ville, de scène en scène.

J’ai trouvé l’idée formidable !

Je me suis dit que c’est ce que je voulais faire !

Mon projet, mon tour de France à pied, c’est à la fois pour allier la randonnée et aller à la rencontre des personnes !

Il y a quelques années, j’ai commencé à en parler autour de moi, à mes proches, et puis, il y a deux ans, des amis m’ont offert un bon d’achat Décathlon.

Là je me suis dis que j’avais trop parlé (rires) et que les choses devenaient sérieuses.

Mais j’ai commencé à me renseigner, à ouvrir des cartes, à rechercher des itinéraires de marche, alors petit à petit le projet à émergé.

En 2025, à l’université, j’ai su que je pouvais bénéficier d’une année de césure entre mes deux années de master et je me suis dit que c’était le bon moment pour enfin concrétiser cette aventure !

Et aujourd’hui m’y voilà.

D’où es-tu parti ?

Je suis parti du village de Saint-Jean-Pied-de-Port (Pyrénées-Atlantiques).

Au départ, j’ai choisi ce village parce que son nom me faisait rire mais par la suite je me suis aussi rendu compte que c’était une étape mythique du Chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, où tous les sentiers français convergent avant de se poursuivre en Espagne.

J’ai trouvé la symbolique plutôt sympa.

A quelle période es-tu parti ?

Je suis parti le 07 août 2025 des Pyrénées, après avoir préparé le tracé de mon itinéraire pendant une année.

Je suis parti en été car j’avais calculé que j’arriverais au début de l’hiver en Bretagne et que cela serait plus simple pour moi d’être en « terrain familier » à cette période froide de l’année.

Mais c’est aussi parce qu’en été, les sentiers montagneux des Pyrénées sont beaucoup plus praticables.

Est-ce que tu t’es préparé physiquement pour ce projet ?

Peu. Je pratiquais la course à pied, j’avais déjà participé à un marathon, mais en terme de randonnée pédestre, pas vraiment.

Quelques temps avant mon départ, j’avais fait trois jours de marche avec un ami, de Rennes au Mont-Saint-Michel, pour me tester mais aussi tester mon équipement.

J’étais revenu complétement KO, avec des ampoules et des courbatures de partout (rires) et je me suis dit Oulala ça va être compliqué !

Y’a-t-il eu des impairs dès le début du voyage ?

Oh oui !

Je suis parti le 07 août des Pyrénées et le 14 août – une semaine plus tard ! – j’étais déjà arrivé à Onesse-Laharie (département des Landes) mais j’ai dû rentrer chez moi pour cause de tendinite (rires).

Mais aussi parce que mon sac-à-dos était trop lourd, il faisait 20 kilos au départ, aujourd’hui il n’en pèse plus que 16.

Et puis je n’avais pas les bonnes chaussures de marche, elles étaient beaucoup trop raides, elles me blessaient.

J’ai donc passé quelques jours au repos, en Bretagne, à faire le point avec mon podologue, puis je suis reparti dans le projet dès le 07 septembre, un mois plus tard, au départ de Bordeaux cette fois-ci.

Pourquoi as-tu choisi de privilégier la marche à pied ?

Parce que c’est la vitesse avec laquelle on peut discuter avec les gens, on est facilement accessible. C’est aussi la vitesse parfaite pour visiter une ville, admirer un paysage.

En vélo, c’est déjà plus compliqué d’interagir avec les autres, à moins de s’arrêter de pédaler, je trouve qu’on voit moins bien, on rencontre moins.

Et puis je sais que je voulais vraiment prendre une année pleine pour moi, en vélo le voyage aurait été beaucoup plus rapide.

Pourquoi avoir choisi de faire ce projet en France ?

Je n’ai pas beaucoup d’autres compétences linguistiques (rires).

Ce projet est vraiment basé sur l’échange avec autrui, donc je trouvais que le faire avec ma langue natale c’était beaucoup plus facile.

Je trouve qu’on est tellement chacun dans nos bulles, au quotidien, à fréquenter des gens qui nous ressemblent, moi le premier, je connais mes meilleurs amis depuis l’école primaire et on partage énormément de points communs, mais avec ce projet je voulais rencontrer les différences en France.

Et ce qui est valable pour les gens est valable pour les paysages aussi.

Je suis breton et je n’avais jamais mis un pied en Normandie !

Je n’ai pas tant voyagé que ça dans ma vie et cette diversité de régions, de paysages, en France, m’émerveille.

Quelles sont les étapes de ton tour de France ?

Une fois reparti de Bordeaux, j’ai rejoins La Rochelle en passant par la ville de Saintes.

Puis je n’ai plus quitté la côte maritime jusqu’à la petite ville de Bray-Dunes, tout près de la frontière belge.

De là, j’ai rejoins Lille, puis Reims, Strasbourg, Mulhouse, Besançon…

J’ai traversé le Jura jusqu’à Lyon, et ce soir me voici à Vienne !

La suite du parcours va me conduire à Montélimar, puis en Ardèche, en Lozère… Jusqu’à rejoindre mon point de départ : Saint-Jean-Pied-de-Port, dans les Pyrénées !

A quelle période penses-tu boucler ce tour de France à pied ?

Aujourd’hui, je marche plus vite qu’avant.

Au départ, je pensais faire 25 kilomètres par jour mais en moyenne j’en fais 35.

Et plus le temps passe, plus j’avale les kilomètres, même si ça dépend du terrain et du dénivelé.

Je pense arriver dans les Pyrénées au printemps (2026) mais une fois là-bas, peut-être qu’il sera un peu trop tôt pour parcourir les sentiers vers les sommets, probablement encore enneigés.

Comment fais-tu pour loger au fil de ton voyage ?

Depuis le départ, j’en suis à peu près à 140 jours de marche.

Pour me loger, j’ai utilisé Couchsurfing entre 5 et 10 fois, j’ai fais appel à mon propre réseau (amis, famille…) une vingtaine de fois, ça veut dire que j’ai été logé plus de 110 fois par de parfaits inconnus !

J’arrive toujours au moins une heure avant la nuit dans les zones résidentielles des villes ou des villages où je souhaite faire une halte.

C’est quand même beaucoup plus rassurant pour les gens qui peuvent me voir à la lumière du jour !

Je frappe à la porte des maisons et je demande s’il est possible d’avoir un coin de canapé ou un endroit dans le jardin où je puisse poser ma tente.

Au départ, je demandais uniquement si je pouvais installer ma tente à l’extérieur car je ne voulais pas déranger mais très souvent les gens finissaient par m’inviter à l’intérieur.

Comment ta demande a-t-elle été accueillie, globalement ?

Très bien accueilli dans la majorité des cas !

Et je trouve cela fou et stupéfiant de se rendre compte à quel point, partout, il y a des gens qui nous veulent du bien.

En moyenne, quand je rentre dans une ville, j’essui entre trois et quatre refus avant de trouver une personne qui accepte de m’héberger.

Et les refus sont toujours quasi-systématiquement polis.

Soit les gens s’excusent parce qu’ils ne se sentent pas prêts à faire cette démarche, soit parce qu’ils ont des jeunes enfants et ne se sentent pas en sécurité, où bien ils sont indisponibles ce soir-là…

Et même quand il n’y a pas de raison, je ne demande pas de raison, je ne suis pas là pour insister.

Et quel est le profil des gens qui acceptent de t’héberger ?

Très honnêtement, en démarrant cette aventure, je pensais pouvoir faire un profil sociologique des gens qui accepteraient de m’héberger mais en réalité il n’y a pas de profil type.

Hommes, femmes, de 28 ans à 84 ans.

Des personnes de toutes professions : clown d’hôpital, militaire, kiné, médecin, chauffeur de bus, coach sportif, infirmier, aide-soignant, éducateur spécialisé, prof… Mais aussi sans profession ou bien à la retraite.

Beaucoup de français mais également des personnes étrangères, d’Asie ou d’Afrique.

Arrivé vers Bourg-en-Bresse, j’ai même été accueilli par un ancien sherpa népalais !

J’ai été amené à rencontrer des gens de toutes philosophies, de toutes pensées politiques.

Le seul biais dans ma démarche, c’est que je me dirige en priorité vers des zones pavillonnaires pour être hébergé.

Il est beaucoup plus difficile de convaincre une personne à l’interphone d’un immeuble, en étant privé du contact visuel.

Alors que lorsque les gens sont dans leur jardin ou à l’entrée de leur maison, c’est tout de suite plus rassurant pour eux de voir à qui ils s’adressent.

Puisque tu fais ce projet au bénéfice d’une association qui lutte contre l’isolement social, as-tu été hébergé par des personnes isolées ?

Oui, mais une seule fois, car les gens en situation d’isolement social ont tendance a être très méfiants et à plutôt fermer leurs portes.

Mais par contre, dans la rue, beaucoup de gens sont venus spontanément me parler, des personnes qui avaient besoin d’une oreille attentive, qui semblaient en situation d’isolement social.

A chaque fois, j’ai fais de mon mieux pour les orienter vers des associations.

Est-ce que tu penses qu’il y a un effet « sac-à-dos » ?

Les gens sont curieux et se livrent énormément quand ils savent qu’on est une personne de passage et qu’on écoute sans préjugés.

D’ailleurs, qu’est-ce qu’il y a dans ton sac-à-dos ?

Aujourd’hui, mon sac-à-dos pèse 16 kilos et le sac en lui-même pèse 2 kilos (70L).

J’ai une petite tente, un sac de couchage, un drap de soie, un matelas.

Mes habits : trois caleçons, trois paires de chaussettes, un short, un pantalon imperméable, quelques pulls et tee-shirts… Mais aussi une paire de gants, un bonnet, une casquette, un tour de cou.

En électronique, un chargeur et une batterie externe.

Une trousse de secours. Une trousse d’hygiène. Du papier toilette.

J’ai un couteau suisse, un sifflet, une boussole.

Financièrement, comment tu budgétises ton périple depuis le départ ?

Pour mon équipement, j’avais envoyé un email à la boutique Décathlon à côté de Rennes, chez moi en Bretagne, où je leur avais expliqué mon projet et ils m’ont spontanément proposé une réduction de 20% sur l’ensemble de mes achats !

Au total, tout mon équipement m’a couté 1500 euros.

Pour le côté alimentaire, j’avais estimé un budget entre 150 et 200 euros par mois, et j’arrive à m’y tenir jusqu’à présent.

Si tu devais raconter une anecdote particulièrement positive sur ce tour de France ?

Une histoire très drôle c’est lorsque j’ai fais un enterrement de vie de garçon, à Quiberon en Bretagne.

J’étais en train de marcher le long de la presqu’île et je me retrouve tout d’un coup avec neuf hommes déguisés, coiffés de perruques, qui me demandent de les prendre en photo.

Ils m’ont invité au restaurant, on a fait la fête jusqu’à l’aube, c’était vraiment inattendu et hyper marrant ! (rires)

Est-ce que tu gardes un lien avec les gens que tu as croisé durant ton périple ?

Oui, je continue de recevoir des messages bienveillants de la part de gens que j’ai croisé ou bien qui m’ont hébergé il y a des mois et je trouve ça génial.

Est-ce que tu as connu des moments de doutes, de peurs… ?

La période de l’hiver était moralement un peu compliquée avec le froid et la nuit qui tombe rapidement.

Mais sinon j’ai eu la chance de ne pas connaître de situations extrêmement compliquées.

Je ne me suis jamais senti véritablement en difficulté ou en insécurité.

De quoi es-tu le plus fier ?

Je pense que c’est… (réflexion)… une très bonne question.

Je suis fier que les gens aient été heureux de m’accueillir.

Je suis content de savoir qu’ils aient pu passer un bon moment et ça me rend fier sur la personne que je suis, qui peut être ouverte et curieuse avec des personnes très différentes de moi.

A la fin de ce tour de France, je serai certainement fier d’avoir marché près de 7500 kilomètres mais ce qui me motive le plus c’est l’aventure humaine !

C’est grisant de ne jamais savoir ce qui va se passer, qui on va rencontrer.

J’ai l’impression d’avoir changé sur plein de choses.

Je suis fier de m’être apaisé parce que j’étais une personne stressée.

Je suis fier d’avoir su relativiser la manière dont je vis cette expérience, entre le moment où je l’ai conçu et le moment où je la vis vraiment, je n’essaie plus d’être dans une surenchère d’exploit sportif.

Je m’accepte beaucoup plus, j’étais très exigeant avec moi-même.

Une fois que tu auras terminé ce tour de France, est-ce que tu sais vers quoi tu aimerais te diriger ?

Je retourne à l’université pour ma dernière année de Master en Communication et Journalisme, à la Sorbonne, à Paris.

A l’avenir, j’aimerais être journaliste.

Quel conseil tu penses pouvoir donner à une personne qui souhaite elle aussi se lancer dans la traversée de notre pays ?

Etre ouvert à l’inattendu, ne pas être frustré si la réalité sort parfois du plan prévu.

Au départ, j’étais très à cheval sur le fait que je ne devais pas utiliser la voiture sous aucun prétexte, que je devais absolument marcher un certain nombre de kilomètres…

J’avais un rapport quantitatif et stricte avec ce projet, puis je me suis détendu et en fait aujourd’hui je profite pleinement.

Le mot de la fin ?

Ce n’est pas du tout ce à quoi je m’attendais. Tant mieux !!

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